Publié par : juliejbenamerique | 2 décembre 2009

L’épopée d’un article sur les élections boliviennes

Les cireurs de chaussures de La Paz voteront Evo Morales

Les cireurs de chaussures de La Paz voteront Evo Morales

Mercredi. Au lever, la motivation manque. Une journée sans travail s’annonce. Nous allons consulter nos mails sans vraiment y croire. A l’ouverture de ma boîte: surprise. Politis nous prend un avant-papier sur les élections! Les relances des rédactions par de multiples mails et appels téléphonique ont porté leurs fruits.

L’article doit être rendu lundi à 12 heures, heure française, soit 7 heures du matin pour nous. Autant dire que nous avons jusqu’à dimanche pour écrire le papier.

Heureusement, nous avions un peu de matière. L’interview d’un politologue militant de la feu LCR jugeant les avancées de Morales un peu timides, l’entretien du numéro 2 du MAS, le parti au pouvoir, dans son bureau défraichi de la direction nationale, des contacts pris dans les camps adverses.

Julie interview un militant du MAS

Julie interviewe un militant du MAS

Reste à interviewer les candidats de droite, tenter de voir “El hermano Evo” en campagne et surtout se rendre à Santa Cruz, à dix-huit heures en bus de la capitale et fief de l’opposition. Branlebas de combat, on enchaîne les coups de fils et met au point un programme des plus ambitieux.

«Les minorités sont au pouvoir»

L’après-midi nous rencontrons le porte parole du PPD, le parti de droite mené par un ancien militaire. Accompagné de notre ami David nous nous heurtons à un discours bien rodé n’hésitant pas à déformer la réalité.

Le lendemain, le rendez-vous terminé avec un sociologue qui ne cachait pas sa sympathie pour Evo, nous sautons dans un bus pour Santa Cruz. Nous arrivons dans cette ville proche de l’Amazonie à 10 heures du matin le jour suivant. Nous sommes éreintés, accablés par la chaleur suffocante.

Les tags à Santa Cruz: "Evo asesino"

Les tags à Santa Cruz: "Evo asesino"

Pas le temps de s’apitoyer sur notre sort. Nous allons immédiatement nous entretenir avec le vice-président de Pro-Santa Cruz, comité connu pour sa défense pour le moins radicale de l’autonomie. La langue de bois est de mise. Mais ses allusions à la devise française cache mal un discours plus limite: « Les États-Unis ont Barack Obama, la France Nicolas Sarkozy, nous Evo Morales. Les minorités sont au pouvoirs. Ça passera… »

En déposant les bagages à l’hôtel nous découvrons une ville coloniale, aux murs clairs et aux charpentes de bois. Dans le centre il n’y a plus de cholitas, les Indiennes aux longues robes et chapeaux melons, mais une population bien plus métissée, quasi blanche. Ici, les riches latifundistes, les grands propriétaires, règnent en maitres.

Nous allons dans la banlieue à la rencontre d’organisations indiennes pro MAS. Cette fois le discours sort des tripes. Une dirigeante nous raconte les bouleversements symboliques qu’a suscité le mandat Morales. Désormais, les taxis s’arretent pour la prendre, elle peut se rendre dans des magasins de l’aisé centre-ville sans être perçue comme une bête sauvege… L’article prend tournure. Nous ne regrettons pas, pour l’instant, nos 18 heures de bus.

Encore des éboulements

Après avoir interrogé quelques passant sur la place centrale, pris quelques clichés, nous soufflons enfin. Autour de bières et de pizzas nous discutons avec Alexis, le frère d’Arnaud, un ami français, sa coloc Nidia et Paloma, fille d’une amie de ma mère.

A Santa Cruz, la fracture

A Santa Cruz, la fracture

Ils sont tous établis en Bolivie depuis plusieurs années. Là encore leurs opinions au sujet d’Evo Morales diffèrent de celles des expatriés rencontrés a La Paz. Il est plus mitigé. Le peu de compétence des dirigeants du MAS, les limites de la politique sociale et de la nouvelle constitution sont pointés du doigt tout en reconnaissant malgré tout la nécessité de ses réformes. Nidia avoue à mi-mot qu’elle votera pour Samuel Medina, le troisième homme. Un entrepreneur de centre-droit. Le débat politique est vite abandonné et nous profitons pleinement de cette soirée.

Samedi le réveil est difficile. Sur le pont à sept heures du matin nous devons embarquer pour Oruro a près de vingt heures de là, au Nord. Nous aurions pu ainsi assister à la campagne du président qui devait y faire un discours.

Mais la journée débute mal. Un rallye bloque les routes. Changement de programme. Nous prendrons le bus du soir pour La Paz. Tant pis pour le président. En attendant, nous tuons le temps dans un bar chic de Santa Cruz.

Nous ne pensions pas que quelques heures plus tard le bus resterait une nouvelle fois coincé à cause d’éboulements. Le mauvais épisode de Puerto Maldonado et les 36 heures de retard risquaient de se répéter.

Nous patientons avec anxiété, perdus au milieu de la forêt tropicale, sous l’orage. Si au matin le bus ne redémarre pas comment allons-nous faire pour envoyer notre article? Finalement à sept heures nous repartons. Arrivés à dix-huit heures, l’article et les photos sont envoyés à minuit. Ouf!

JB

PS: Vous avez tous intérêt à acheter Politis ce jeudi!

RePS: Un ami lance son site.  Faites du clic! Pour avoir un avis sur tout. Il est.


Responses

  1. Une sacrée aventure d’écrire un article… Intéressant.
    Je constate (référence au post précédent) que nous avons mangé dans le même resto à La Paz.


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