Publié par : juliejbenamerique | 12 décembre 2009

Une campagne en jaune et bleu

Evo Morales et son vice-président lors de la fermeture de campagne du MAS à El Alto

Nous pensions avoir du mal à vendre nos articles sur les élections, nous avons été débordés. Petit récit d’une campagne présidentielle haute en couleurs.

A La Paz, les rangs de l'opposition sont clairsemés

De retour de Santa Cruz, après une journée consacrée au repos et à l’achat de souvenirs, nous reprenons un rythme de folie. Première étape de cette course, un meeting du PPB, principal parti d’opposition à Evo Morales, à La Paz, bastion du parti présidentiel, le MAS. Avec David, nous interrogeons quelques militants pendant que JB prend des photos. Notamment une cholita, Indienne vêtue de longues jupes bariolées, candidate sur une liste du PPB, et un mineur lui aussi clairement indigène. Tous les deux nous l’affirment, ils ne se sentent pas Indiens mais métisses. La cholita déplore que Morales exclue toute une partie de la société bolivienne et surtout espère que Manfred Reyes Villa, son candidat, va “créer des emplois pour tous”.

Notre ami David, grand amateur de fascistes à moustaches, monte sur scène pour serrer la main de Manfred, le principal opposant à Evo Morales

Tout à coup, la petite foule (une cinquantaine de personnes) s’agite: Manfred est là! JB se précipite, avec une meute de photographes et caméramen. Je joue des coudes et parvient à la hauteur de l’opposant moustachu. Je lui demande une petite interview pour la presse française, il me répond: “Plus tard, je donne la priorité à la presse nationale.” Je m’écarte, et continue les interviews de militants, qui m’assurent que Manfred ira au second tour. Nous arrivons finalement au cinéma 16 de Julio, où se tient la grande fête du PPB. Au son de “Porque soy automista, Evo no eres para mi, porque no soy chavista, Evo no eres para mi*”, les supporters entrent en masse. La salle ne se remplira pas… Le lendemain, El Cambio, le journal gouvernemental, titrera: “Manfred n’a même pas pu remplir un cinéma”.

Une cholita lors de la fermeture de campagne d'El Alto

A El Alto, autre ambiance

Le lendemain, nous nous rendons à El Alto, ville d’un million d’habitantsn située à 4.150 mètres d’altitude, surplombant la Paz. “Evo doit beaucoup à El Alto, c’est nous qui l’avons fait élire.”, affirme Francisco, employé de notre hôtel et résident de cette immense métropole défavorisée. David, JB et moi montons dans un micro-bus (sorte de van de 8 personnes, principal moyen de transport à La Paz) en compagnie de militants du MAS qui eux aussi, veulent assister à la « fermeture de campagne » del Evo. Mais le bus est vite stoppé: des policiers barrent la route. Qu’importe, nous prendrons l’autopista (l’autoroute), en contre-sens. Heureusement l’expérience ne dure que quelques minutes…

Un partisan d'Evo Morales à El Alto

Nous parvenons finalement à El Alto, où des dizaines de milliers de personnes sont déjà rassemblées, autour de barbecues, de hauts-parleurs et de stands de drapeaux. Nous nous glissons jusqu’à la zone réservée à la presse, juste devant la scène. Après plusieurs heures de discours de cadres du parti et d’élus, entrecoupés de musique live, Evo arrive, en hélicoptère. Lorsqu’il entame son discours, la foule renverse les barrières et envahit la zone. La fête se poursuivera toute la soirée.

David et JB en salle de presse le jour J

48h avant la fin du scrutin, le couvre-feu

Dès le vendredi soir précédant les élections, La Paz, habituellement chaudement agitée le week-end, devient l’ombre d’elle-même. Il est interdit de vendre de l’alcool et de circuler après minuit, de même que de se réunir à plus de cinq personnes… Dimanche, nous nous émerveillons de pouvoir nous promener dans la capitale comme dans un village: aucune voiture, aucun micro-bus, aucune moto ne peut circuler. Seuls quelques taxis accrédités se déplacent encore. Dans une ville où les bruits de klaxons sont parfois à la limite du supportable, c’est un plaisir exceptionnel! Nous visitons un bureau de vote puis nous pressons à l’hôtel Radisson où tous les journalistes peuvent travailler, regarder une dizaine de chaînes de télé et surtout se retrouver!

Le soir de la victoire, devant le palais du gouvernement

Vers 19h, nous nous rendons sur la place Murillo, où se tient le siège du gouvernement, pour assister au discours du président. Le score est écrasant: 63% des voix, au premier tour. « El hermano Evo » apparaît vers 22h, et remercie, région après région, ses électeurs. Un symbole dans un pays profondément divisé…

Julie

PS: un nouveau site vient de naitre, Passeport pour l’info. Amis journalistes, faites passer, il s’agit d’un site de pigistes blog-trotters (dont nous deux) qui offrent une vitrine de leurs articles pour tenter de décrocher de nouvelles collaborations.

* “Parce que je suis autonomiste, Evo tu n’es pas fait pour moi, parce que je en suis pas chaviste, Evo tu n’es pas fait pour moi


Responses

  1. Ce n’est plus le moment de traîner, maintenant c’est au Chili que cela se passe…

  2. Julie, Merci de nous faire vivre un voyage qui a du sens. Je lis votre blog avec plaisir et les articles sur youphil, etc. Ai acheté Politis pour votre article sur Morales. Je le garde. As-tu proposé des papiers à l’Afp ?
    petite info locale parisienne: j’ai commencé à travaillé en 4/5e de temps et c’est bien agréable.
    Bisous
    mhélène

  3. A Louhans,pas de Témoignage Chrétien,pas de Politis mais heureusement internet apporte Passeport pour l’info….Bravo pour tous ces articles!On suit,on suit….Bisous.


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :