Publié par : juliejbenamerique | 15 mars 2010

Le paco dans les bas-fonds de Buenos Aires

Une mère et son fils à La Matanza

Une mère et son fils à La Matanza

Buenos Aires est une ville européenne”, avons-nous souvent entendu. Rien de plus vrai. Ses larges avenues et ses bâtiments haussmaniens donnent des airs parisiens à cette capitale d’Amérique latine, ses façades colorées, ses places vertes sont comparables à celles des villes du sud de l’Europe…

Un reportage nous a amené à découvrir un autre aspect de Buenos Aires l’occidentale. Nous nous sommes rendus à “La Matanza”, en banlieue. La Matanza signifie “La tuerie”, rien de très engageant. A notre arrivée, nous découvrons que les routes bitumées ont laissé leur place à des chemins de terre défoncés et poussiéreux. Les pierres, les briques, le marbre des édifices ne sont plus. Désormais, voici de petites maisons de ciment, des cabanes en tôle.

Nous sommes ici pour rencontrer “Las madres contra el paco”, les mères contre le paco. Le paco est une drogue dévastatrice. Imaginez: des résidus de cocaïne mélangés à des bris de verre, se fumant à l’aide d’une pipe. L’addiction est quasi-immédiate. Lors de la prise, un état d’euphorie s’empare du consommateur, un stade vite suivi par un état de mélancolie. Pour échapper à cette seconde phase, une seconde dose est nécessaire. Pour noircir encore un peu le tableau ajoutons à cela un prix modique: seulement 2 pesos la dose (40 centimes d’euros).

Attirer l’attention

Les mères, elles, voient leurs enfants se détruirent peu à peu. Elles tentent d’attirer le regard des pouvoirs publics en se rendant sur la place de Mai, face à la Casa Rosada ( L’Elysée argentin), tous les jeudis comme l’ont fait avant avant elles les mères des disparus. Elles tentent de faire hospitaliser leurs enfants, chose peu évidente dans un pays où le système de santé se privatise. Mais surtout elles parlent avec les gamins des rues; leurs fils ou ceux de la voisine, et s’entraident mutuellement en échangeant leurs propres expériences.

Assises autour de la table du salon, un groupe de femmes de tous âges discute.  Cette mère explique les vols de son fils pour s’acheter ses doses, cette autre raconte les changements physiques de son enfant devenu squelettique, son amie tente de les consoler: son gamin a arrêté la drogue, il a du travail, a repris son allure normale. La colère et la tristesse sont vites chassées par des plaisanteries. Les yeux humides sont séchés, les rires éclatent.

Des mamans

Nous accompagnons ces mères dans le quartier. Nous appercevons un jeune acheter sa dose. Une mère lance un: “tu m’as menti” – “je vais m’arrêter, promis” répond furtivement l’adolescent comme s’il venait seulement de s’allumer une cigarette. Des jeunes acceptent de nous parler. Ils sont unanimes pour critiquer le paco. Certains ont arrêté, d’autres essaient. Si au début ils peuvent manquer de respect à leurs parents, rapidement ils recherchent leur aide. Derrière l’attroupement un gars fume sa pipe, le regard hagard, sans avoir conscience d’oú il se trouve.

Un adolescent accepte de se faire prendre en photo avec sa mère. Son sourire est crispé, ses jambes trépignent. Il n’est pas dans son état normal. Sa mère, elle, l’enveloppe de ses bras, radieuse. Sans que l’on comprenne réellement pourquoi, toutes les femmes et les jeunes s’unissent alors et s’embrassent. Ce sont des mamans et leurs gosses, voilà tout.

JB


Responses

  1. Très belle photo !
    A quand une publication ?
    bécots


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