Publié par : juliejbenamerique | 15 avril 2010

De retour chez les guaranis escalavagisés

Nous voici de nouveau en Bolivie, dans le Chaco, à Camiri, trois mois après notre première venue. Nous allons poursuivre notre reportage sur l’esclavage du peuple guarani dans les montagnes isolées de l’Alto Parapeti. Rien n’a changé.

Après avoir revu nos amis nous partons le jour suivant dans une 4X4 d’un autre âge pour la communauté Itakuatia, une des plus éloignées de l’Alto Parapeti. Le coffre rempli de pommes de terre, de pâtes, de riz, de farine et de feuilles de coca pour nos futurs hôtes, nous entamons les 4 heures de chemin de terre peu carossable.

A notre arrivée, nous découvrons un nouvel obstacle: un pont supendu au-dessus d’une rivière auquel manque une planche sur deux. La communauté est en fête. C’est Pâques avec une journée de retard. Ils ont retardé l’évènement car la veille était jour d’élection et en Bolivie il est interdit de consommer de l’alcool ou de se déplacer ces jours-là. Le chef, Nicanor, nous semble d’ailleurs un peu éméché.

David nous invite à planter notre tente dans sa cour. Le sol est tellement dur que je décide de le bécher sous l’oeil amusé des enfants de la famille. Un villageois, Ronald, ne peut comprendre que nous allons vraiment dormir dans une tente. Il nous propose deux matelas dans « l’internat » de l’école. L’internat ressemble d’ailleurs plus à un poulailler. En plus de deux enfants, nous partageons donc notre chambre avec deux poules et un coq. Je déconseille d’ailleurs à quiconque de dormir à proximité d’un coq. Vous pouvez être certain d’être réveillé dès quatre heures du matin.

Le reportage

Durant cinq jours nous nous entretenons avec les membres de la communauté. Les témoignages sont durs, tristes, souvent entrecoupés de pleurs. Jusqu’en 2008, ils travaillaient tous pour le même « dueño », el señor Chavez qui règne en maître sur près de 5000 hectares. Les Guaranis n’étaient pas payés et n’ont pas vus d’argent jusqu’en 2008. Ils travaillaient six jours par semaine, douze heures par jour contre des vivres et des habits ditribués une fois l’an. Certains ont été vendus à d’autres patrons terriens, d’autres battus… On leur distribuait à manger dans des mangeoires… Beaucoup ont fui, ceux qui sont restés survivent avec l’aide internationale.

Le village est divisé en deux. La majorité refuse désormais de travailler pour les hacendedos et attendent en cultivant l’hectare qu’ils ont pu semer pour la première fois cette année, que l’ensemble des terres soient redistribuées. Dans leurs cours flottent des drapeaux du Mas, le parti d’Evo Morales. Ils vivent entassés dans des cabanes de terre cuite et de bois. Les autres, cinq familles, ont décidé de continuer de travailler pour Chavez. La préfecture leur a construit de petites maisons en dur. Ils arborent le drapeau vert, le drapeau de l’opposition qui défend les privilèges des propriétaires.

Les jours passent et nous commençons à prendre nos habitudes. Aller chercher l’eau au puit le matin pour se laver, les discussions le soir auprès de Ronald. Nous conversons avec toute la famille Mendieta et découvrons leurs histoires intimes. La famille est elle-même scindée. Alors que trois soeurs et leurs maris ont mené la révolte et conduit la communauté à s’organiser, deux frères ont choisi l’autre camps. Ils ont participé au bastonnage de Don Cornélio, le mari de la fille aînée, et continuent de jouer des poings aujourd’hui contre Nicanor, le mari de la cadette.

Nous assistons aussi aux regards paternalistes des techniciens du gouvernement de Santa Cruz, appartenant à l’opposition. Plutôt que de proposer une aide constructive permettant un développement sur le long terme, ils viennent annoncer qu’ils distribueront de la nourriture à qui accepte de travailler pour la communauté en construisant des toilettes, en restaurant le pont ou autre.

Certains que les Guaranis sont des flemmards, ils pensent avoir trouvé un bon moyen de leur inculquer quelques valeurs sans se rendre compte que le dueño usait de la même stratégie, sans demander aux interéssés leurs propres besoins, sans réaliser que c’est aux pouvoirs publics de construire des toilettes…

David ose signaler que lors de la dernière offre les sacs de farine était périmés et pleins de vers. Ils haussent les épaules et échangent des regards complices. Nous avons du mal à garder notre calme, nous nous gardons d’intervenir. Les membres de la communauté, eux, ne se vexent pas. Ils ont faim.

JB


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