Publié par : juliejbenamerique | 29 juin 2010

Notre remontée de l’Amazone

Une des filles qui se sont harponnées à notre bateau

Une des filles qui se sont harponnées à notre bateau

Nous avons navigué durant cinq jours et six nuits sur le fleuve Amazone. Départ: Bélem. Arrivée: Manaus. Ainsi écrit vous imaginez peut-être une paisible et reposante croisière. Paisible, c’était le cas, peut-être trop d’ailleurs, reposante pas tellement. 

Sur deux ponts, des hamacs

Sur deux ponts, des hamacs

La plupart des passagers dorment sur le pont, sur des hamacs accrochés à tous les espaces libres disponibles et quelques rares privilégiés dorment dans des cabines. Grand bourgeois que nous sommes, nous avons opté pour cette dernière option. A deux le coût était à peine supérieur que les hamacs et nous avions trop peur de nous faire une nouvelle fois voler notre matériel… 

La cabine a l’avantage de fermer à clef et d’avoir une salvatrice climatisation. Sur le pont il fait chaud, trop chaud. Nous passions nos journées à chercher une brise rafraîchissante ou de l’ombre. 

Notre cabine

Notre cabine

Notre chambre devait faire 3 mètres carrés. Juste assez pour caser deux lits superposé et nos deux gros sacs-à-dos. La salle-de-bain permettait, oh luxe suprême, de s’asseoir sur le trône tout en prenant une douche bien froide en compagnie de deux gros cafards cherchant comme nous un peu de fraîcheur. 

La journée est rythmée par de la musique « pop » brésilienne, qui est devenue au fil des jours insupportable. Heureusement, les matchs de foot interrompaient deux fois par jour les chants. Même perdus dans la jungle les Brésiliens ne pouvaient pas rater les rencontres de leur équipe même s’ils mettaient moins d’ardeur à régler l’antenne capricieuse quand il s’agissait de l’Allemagne ou de l’Uruguay. 

Sur les rives de l'Amazone

Sur les rives de l'Amazone

A l'heure du match du Brésil

A l'heure du match du Brésil

Les longues journées passaient finalement vite. C’était un voyage fait de rencontres. Ce Brésilien partait rejoindre sa femme et ses enfants à Santarem après quelques mois passés à Bélem, une ville qu’il n’aimait pas. Cet autre rentrait à Manaus dix ans après l’avoir quittée parce que le mondial de 2014 y ouvrirait des opportunités. Deux Nord-Irlandais avaient toujours une bouteille de vodka à partager la nuit tombée. Un jeune anglais de dix-neuf ans expliquait ses déconvenues avec flegme. Un Japonais s’amusait de voir qu’en Europe on rentre à la maison même quand le travail n’est pas terminé et que oui, il est très rare que nous retournions au bureau le samedi et le dimanche après-midi. Un Hollandais et sa copine suédoise s’intéressaient au journalisme et décrivaient la Scandinavie sous le soleil de plomb. Un groupe de trois Français (dont un connait Loïc) visitaient l’Amazonie 

Sebastian et Sara nos deux amis suédois

Sebastian et Sara nos deux amis suédois

avant de rejoindre leurs copines à Rio de Janeiro. Ce couple de profs et leur enfant de sept ans sont eux partis en bateau de Dakar et avaient laissé pour un temps leur voilier au port. Un autre Hollandais trainait des pieds pour reprendre ses études et profitait d’un petit héritage. 

Tous ces Occidentaux voyagent pour quelques mois, voire des années. Les partages de bons plans et d’expériences occupaient une grande partie de nos discussions. Nous sommes d’ailleurs chanceux. La plupart se sont au moins fait voler une fois au Brésil. L’Anglais dans la rue de notre hostal à Rio. L’expérience la plus surprenante vient de Robin, le Nord Irlandais. Le soir à Salvador un homme pose la pointe de son couteau sur son estomac. Il le repousse violement et hurle tout ce qui lui passe par la tête. Le voleur s’est enfui en courant. Au même moment son ami Kevin, se faisait détrousser par deux hommes armés dans une autre ville. 

Un petit affluent du fleuve

Un petit affluent du fleuve

Nous passons aussi de longs moments à regarder le paysage. Nous essayons d’apercevoir ce que nous avons décidé être des dauphins d’eau douce. Des maisons sur pilotis longent le fleuve immense. Des gamins jouent au foot sur des terrains improvisés. Des vaches cherchent de l’herbe sur les quelques bouts de terres sèche. Une fois, le soir, les portes grandes ouvertes d’une église minuscule laissent entendre des chants 

Les passagers tuent le temps en jouant aux dominos

Les passagers tuent le temps en jouant aux dominos

similaires au gospel entonnés par des femmes en uniforme. Et la forêt, encore la forêt, fissurée par les eux marron de cours d’eau innombrables. La tombée de la nuit est le moment le plus attendu de la journée. Nous sommes enfin délivrés de la chaleur étouffante et nous profitons de l’arrivée de la lune, pleine et rougeâtre, sur le fleuve. 

La quiétude du bateau est interrompue par quelques rares évènements. Des gamins, quelquefois âgés de trois, quatre ans, se précipitent à bord de leurs pirogues à la vue de notre navire brinquebalant. Ils attendent qu’un passager leurs envoie des sacs de nourriture. D’autres harponnent avec force notre coque et se hissent à son bord pour vendre du fromage ou des sacs de crevettes. Ils ne manqueront pas de quitter notre navire en effectuant un saut périlleux du haut du pont supérieur.

Les vaches sont élevées le long de l'Amazone

Les vaches sont élevées le long de l'Amazone

L’arrivée dans un port est une autre grande attraction. Notre bateau commence alors à décharger sa cargaison de céréales, de vodka, de soda. Tous les passagers sont

Dans un port les vendeurs de glaces et de sodas

Dans un port les vendeurs de glaces et de sodas

appuyés sur la balustrade pour profiter du spectacle. Nous avons parfois le temps de poser le pied à terre, juste assez pour que les Irlandais puissent se réapprovisionner en alcool et se faire une frayeur lorsque le navire redémarre sans prévenir.

Peu à peu nos amis débarquent. Nous étions sûrement une petite centaine au départ. Un jour avant l’arrivée nous ne sommes plus qu’une vingtaine. Les Irlandais et le Japonais nous ont accompagnés jusqu’à la fin. Aucun de nous n’a regretté ce voyage mais l’arrivée, avec une douzaine d’heures de retard, au petit matin, à Manaus, était attendue.

JB

La pirogue tente de quitter notre navire

La pirogue tente de quitter notre navire

Sur le pont

Sur le pont

A Manaus des bateaux semblable au notre

A Manaus des bateaux semblable au notre


Responses

  1. C’est drôle comme votre écriture ressemble soudain à ce voyage sur l’amazone, langoureux et poétique… à part les cafards et la musique relou, ça avait l’air canon!! bisous

  2. Je me demandais justement où vous étiez passé depuis une semaine !
    Mais on dirait que la croisière s’amuse …

    plein de bises !!!!!!!

  3. Très belles photos et quelle poésie dans le récit ,sur un bateau ,au milieu de gens de nulle part, anonymes ,mais pas indifférents ,réagissez ,les vacances,c’est plus tard….Bisous.

  4. comme d’hab, on vit votre aventure par procuration et le porte-folio m’évoque en version miniature bien sur, de lointains souvenirs de ma Guyane et de sa forêt « fissurée par les eaux marron de cours d’eau innombrables » mais qui au détour d’un méandre laissaient apparaître un karbe pour passer la nuit… ms je m’égare! Bref, tjrs autant envie de lire la suite! Bises lyonnaises!

  5. Hé moi aussi, ça me fait penser à la Guyane. L’Amazonie… Encore bravo pour les photos les amis et merci pour ce récit !

  6. j’étais passé à côté de ce texte, plein d’images, de couleur et de douceur.
    épatant.
    profitez-en les amis, à très vite.
    Jon


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